« De Clovis au Comité de salut public, j’assume tout »

Votre Majesté, en montant sur le trône de Hollande, a oublié qu’elle était française, et a même tendu tous les ressorts de sa raison, tourmenté la délicatesse de sa conscience, pour se persuader qu’elle était hollandaise.

Les Hollandais qui inclinaient pour la France ont été négligés et persécutés, ceux qui ont servi l’Angleterre ont été mis en avant. Des Français, depuis l’officier jusqu’au soldat, ont été chassés, déconsidérés ; et j’ai eu la douleur de voir en Hollande, sous un prince de mon sang, le nom français exposé à la honte.

[…] Les discours émanés de Votre Majesté à sa nation se sont ressentis de ces mauvaises dispositions. On n’y voit que des allusions sur la France ; au lieu de donner l’exemple de l’oubli du passé, ils le rappellent sans cesse, et par là flattent les sentiments secrets et les passions des ennemis de la France.

[…] Eh ! cependant, de quoi se plaignent les Hollandais ? N’ont-ils pas été conquis par nos armes ? ne doivent-ils pas leur indépendance à la générosité de mes peuples ? ne devraient-ils pas bénir plutôt la générosité de la France ? […] Qui donc a pu justifier la conduite, insultante pour la nation et offensante pour moi, qu’a tenue Votre Majesté ?

Vous devez comprendre que je ne me sépare pas de mes prédécesseurs, et que, depuis Clovis jusqu’au Comité de salut public, je me tiens solidaire de tout, et que le mal qu’on dit de gaieté de cœur contre les gouvernements qui m’ont précédé, je le tiens comme dit dans l’intention de m’offenser.

Je sais qu’il est venu de mode, parmi de certaines gens, de faire mon éloge et de décrier la France ; mais ceux qui n’aiment pas la France ne m’aiment pas, ceux qui disent du mal de mes peuples, je les tiens pour mes plus grands ennemis.

Napoléon Ier, Empereur des Français, s’adressant à son frère Louis Bonaparte, roi de Hollandelettre du 20 décembre 1808

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