Le diamant a toujours fasciné. Dans cet univers, la discrétion est la règle absolue, ce qui fait qu’on y trouve les artifices fiscaux les plus sophistiqués, les connivences politiques les plus troubles, les fraudes les plus incroyables, les pots de vin fréquents, sans oublier les conditions trop souvent horribles de son extraction.
Aujourd’hui, c’est un pur produit de la mondialisation. Jusque dans les années 1980, tout se joue en Europe. Désormais, il faut compter avec la montée en puissance de la Chine et des pays du Golfe et le rôle considérable joué par l’Inde dans la taille du diamant. À cela s’ajoute la production en masse de pierres synthétiques qui bouleverse ce marché.
Pour la première fois, cette enquête nous introduit dans l’univers secret de l’extraction et de la taille des pierres précieuses jusqu’à leur vente sur les marchés du monde entier. Un voyage époustouflant de la mine à la bijouterie.
Marc Roche est journaliste. Longtemps correspondant à Londres pour Le Monde et désormais pour Le Point, il écrit principalement sur les institutions financières et la monarchie anglaise.
Critique de « Diamants, enquêtes sur un marché impur », de Marc Roche (Éd. Tallandier). Et de « Pour en finir avec la stagnation economique française », de François Perret (Édition L’Harmattan). – Avec: Jean-Marc Daniel, professeur d’économie à l’ESCP Europe. Ainsi que Christian Chavagneux, éditorialiste et critique à Alternatives économiques et Altereco+. – La librairie de l’Éco, du mercredi 29 mars 2017, présenté par Emmanuel Lechypre, sur BFM Business.
Secrets d’info – Diamants : un marché impur (France Inter)
Brut, poli, taillé, « de sang » : l’enquête de Marc Roche dévoile le diamant sous toutes ses formes et son marché pas toujours éthique.
Le marché du diamant s’est mondialisé et traverse la Belgique, l’Inde, Israël, la République Démocratique du Congo, la Suisse, etc. Dans son ouvrage, Marc Roche raconte le monopole de la « De Beers », l’évasion fiscale et la corruption derrière ce marché, les « diamants de sang » qui financent les guerres civiles et le terrorisme, le rôle des banques indiennes après la crise financière de 2008, les conditions d’exploitations à Bombay…
Le diamant : une matière première en contraste entre sa beauté et les conditions d’exploitations souvent épouvantables.
« Le processus de Kimberley », un régime international de certification, informe de la provenance des diamants.
« La plupart en vente chez les grands bijoutiers, doivent être certifiés qu’ils ne proviennent pas de zones de guerres civiles », explique Marc Roche.
Mais ce processus ne couvre que les diamants bruts. De plus, le volet financier n’est pas couvert. Le scandale SwissLeaks, dans lequel beaucoup de diamantaires ont été mêlés, symbolise le blanchiment et l’utilisation de places offshores.
Le diamant synthétique serait-il une solution ? Est-il éthiquement pur ? Que faudrait-il acheter pour ne pas encourager ce « marché impur » ?
Enquête sur le marché des diamants (RTL)
C’est le plus grand diamant rose du monde, il pèse près de 60 carats et il sera vendu aux enchères le 4 avril prochain à Hong-Kong…Pour vous l’offrir ? Il faudra débourser plus de 53 millions d’euros !
Derrière ces ventes qui font rêver, et ces diamants stars, il y a un business beaucoup moins reluisant, c’est ce que l’on découvre avec notre invité, le journaliste Marc Roche.
Diamants, coté sombre (Le littéraire)
En 1931, Albert Londres clôt son enquête sur les pêcheurs de perles en évoquant cette conversation entre lui et son ami Cherif Ibrahim, qui fermait les yeux, à la table d’un grand hôtel de Bagdad
“- Vous faites l’aveugle à présent ?
– Que voyez-vous à la table, en face de nous?
– Un homme et une femme?
– Que porte la femme?
– Rien.
– Au cou?
– Un collier de perles.
– C’est pour ne pas voir le collier, mon ami, que je ferme les yeux.”
Encore une « voie douloureuse d’un de vos bonheurs, mesdames… » qu’il s’agit d’éclairer maintenant, celle d’un autre trésor de séduction et d’élégance qui couvre le monde de ses éclats : celle du diamant.
Comme l’a fait Albert Londres en son temps, il est nécessaire d’ouvrir les yeux et d’aller gratter l’étincelant, d’enquêter derrière les paillettes. C’est ce qu’est allé faire Marc Roche pour écrire ce court ouvrage, aussi clair qu’incisif. Certes, le temps d’Albert Londres n’est plus, les voyages n’ont plus la même consistance. Les mailles de la mondialisation se sont resserrées et le diamant n’a pas échappé au processus. A marché global, enquête globale.
Ce n’est pas la première fois que le journaliste, correspondant du Point et du Soir à Londres, s’intéresse aux arcanes de la mondialisation. Il a plusieurs fois rendu compte de ses enquêtes sur les institutions et les grands pouvoirs de la finance qui mènent le monde. De la finance au diamant il n’y a qu’un petit pas. Son livre a le mérite de montrer combien le marché du diamant est actuellement en pleine recomposition.
Des points particuliers étaient connus : la place d’Anvers, les « diamants de sang », le poids de l’Afrique du Sud et la puissance impériale de la De Beers mais ce système ancien très hiérarchisé, quasi monopolistique est en train d’être bousculé par de nouveaux acteurs, processus et territoires du marché mondial du diamant.
Sans que celui-ci ne gagne véritablement en pureté… morale. L’éternité et la pureté du diamant s’accommodent très bien de l’opacité et de la flexibilité accrues des circuits financiers. De nouveaux corsaires se sont lancés et de nouveaux ports s’imposent comme Dubaï et Singapour. La De Beers a déménagé : son siège social a quitté Londres pour Gaborone. Signes d’une nouvelle distribution de puissance.
Si « La règle des quatre C (Cut, Color, Clarity and Carat) est traditionnellement utilisée pour déterminer le prix d’un diamant », alors cet ouvrage constitue un appel à y joindre un cinquième C : celui de la conscience. Conscience d’un monde global, d’un monde qui change. Face à une Marilyn qui chante « Diamonds are a girls best friend », et face au diamant lui-même qui se joue de nos désirs et nos rêves, Marc Roche propose ce livre informé, brut de faits. Pas de conscience sans connaissances.
Camille Aranyossy
