« Votre acte a été d’un très grand courage.
– Merci, monsieur le Procureur Molins, mais je n’ai accompli que mon devoir de citoyenne.
– Vous avez permis de sauver des vies. Ce que vous avez fait, personne ne l’a jamais fait. »Le 16 novembre 2015, trois jours après les attentats de Paris, Sonia, témoin de premier rang, a donné à la police les informations nécessaires pour arrêter Abdelhamid Abaaoud et l’empêcher de commettre une nouvelle série d’attaques terroristes.
Avec l’aide de la journaliste Claire Andrieux, elle retrace sa course contre la montre pour épargner des vies. Son geste a eu des conséquences irrémédiables pour elle et sa famille.
Elle ne regrette rien.
Envoyé Spécial – « J’ai eu Abaaoud » (France 2)
https://www.youtube.com/watch?v=PlFIKMs-cNc
Dans « Envoyé spécial », une interview hors normes, celle d’un témoin protégé. « Sonia » (il s’agit d’un pseudonyme pour préserver sa sécurité) est celle qui a dénoncé à la police Abdelhamid Abaaoud, l’un des coordinateurs des attentats du 13 novembre. Cet acte courageux a permis la localisation et la neutralisation du terroriste, et a sans doute sauvé des dizaines de vies. L’enquête a en effet démontré qu’un nouvel attentat était programmé à La Défense.
Témoin protégé, un nouveau statut
« Sonia » ne regrette pas son geste mais depuis, elle vit dans la peur. Pour elle, la loi va changer, un statut de témoin protégé va être créé. Une première en France. Dans quelques semaines, « Sonia » pourra changer d’identité. Face aux caméras d’ »Envoyé spécial », elle a accepté de témoigner pour la dernière fois de sa première vie. Le récit d’une citoyenne ordinaire embarquée dans une histoire qui la dépasse.
Un récit qu’elle a fait dans un livre, Témoin, paru le 3 novembre 2016 chez Robert Laffont.
Un reportage d’Yvan Martinet et Romain Boutilly, diffusé dans « Envoyé spécial » le 1er décembre 2016.
Claire Andrieux : «Beauvau a menti» (Mediapart)
“Sonia” est la femme qui a dénoncé Abdelhamid Abaaoud à la police. Dans le livre Témoin, la journaliste de RMC Claire Andrieux raconte son histoire. Elle revient sur les pressions exercées par le ministère de l’intérieur pour que le témoignage de Sonia ne soit jamais rendu public.
“Sonia” est l’héroïne cachée des attentats de novembre, celle que l’État ne saurait voir. C’est elle qui hébergeait Hasna Aït Boulhacen, la cousine égarée d’Abdelhamid Abaaoud, le coordinateur des tueries du 13-Novembre. C’est elle qui rencontre le terroriste dans un buisson d’Aubervilliers, elle encore qui le dénonce à la police, elle enfin qui permet d’éviter un nouveau massacre.
Mais voilà, pour des raisons de procédure, l’identité variable de Sonia ainsi que son histoire figurent noir sur blanc dans des procès-verbaux. Sa vie est en danger. L’État entend la protéger mais, si un statut de repenti existe déjà, le législateur n’a pas encore envisagé le cas d’un citoyen qui témoigne. Alors, l’État bricole.
Sonia se sent abandonnée. Sa colère monte. Elle se confie à la journaliste de RMC Claire Andrieux, qui révèle son histoire, d’abord sur les ondes de sa radio, puis dans le livre Témoin, paru chez Robert Laffont. Dans le cadre d’un entretien avec Mediapart, notre consœur revient sur les pressions exercées par la place Beauvau pour que son scoop ne soit pas diffusé. « Le ministère de l’intérieur a appelé notre directeur de la rédaction, mais a aussi téléphoné à d’autres médias pour décrédibiliser notre travail, dire qu’on était irresponsables, que Sonia était folle…», accuse-t-elle.
