Régis Debray – Réalités religieuses (Allons aux faits – France Culture)
Les religions ? Elles sont censées nous raconter des blagues : elles recouvrent de rudes vérités. Et si l’opium du peuple n’était pas là où l’on pensait ? Et si il y avait, dans ce qui s’appelle histoire des vérités-mirages, et dans ce qui s’appelle religion, un mentir-vrai ?
Que faut-il entendre par croyance ? (1/5)
La République, par bonheur, respecte toutes les croyances, mais la croyance elle-même, tenue par une faiblesse, n’est guère prise au sérieux par nos savants. Comme si nous n’étions pas tous en dette avec cette faculté capitale, sans laquelle nous n’aurions ni avenir ni société ni entreprise. Savoir et croyance ne se font pas concurrence : rendons à chacun son dû.
Que faut-il entendre par sacré ? (2/5)
Rien n’est sacré en soi, mais on ne connaît pas de société, fut-elle officiellement athée, qui n’ait en son sein un point de sacralité, légitimant le sacrifice et interdisant le sacrilège. Le sacralisé ou l’intouchable se distingue du profane ou de l’anodin par des traits invariants, reconnaissables à l’œil nu.
Que faut-il entendre par religion ? (3/5)
Le mot est un latinisme, dont s’est emparé le mouvement chrétien pour se définir lui-même. Son extension abusive à l’ensemble des cultes existants nous vaut de graves malentendus. On ne peut sortir de ces malentendus qu’en se tournant non vers les doctrines ou les énoncés mais vers les pratiques et les rituels où le spirituel n’est nullement indispensable.
Que faut-il entendre par Dieu ? (4/5)
Le Dieu unique est un tard venu dans l’histoire des religions, beaucoup d’entre elles, encore aujourd’hui, s’en passent aisément. On a beau le dire mort, il continue d’exercer en de nombreux points du globe. L’ignorer serait prendre le risque d’ignorer l’être humain, son inventeur, dont il exprime et sublime les ambivalences.
Que faut-il entendre par laïcité ? (5/5)
Il y a loin du simple esprit de tolérance à la stricte architecture juridique qu’est la laïcité, originalité française. Celle-ci n’est pas destinée à nettoyer la société de toute empreinte religieuse mais à préserver l’espace public de l’emprise des religions. L’effacement de la séparation entre public et privé, lié à l’évanescence de l’État, la met aujourd’hui sérieusement en danger.




